Présentation de Pierre Elisée GRANGE

Pierre Elisée GRANGE en devint fou en 1907 lors de la commercialisation du procédé de l’AUTOCHROME.

En effet, grâce à la perspicacité et la persévérance de Monsieur Louis LUMIERE, prend naissance il y a un siècle la photographie en couleur.

L’Autochrome « Apothéose de la couleur ! » comme aime la présenter mon grand-père Pierre Elisée GRANGE

Pierre Elisée GRANGE ?? Né en 1873, il est licencié es sciences et Docteur en Médecine. Sa passion est à l’époque l’Opéra. Il fréquente le poulailler en 1900 et chante à tue tête : « Soleil, lève-toi » et pratique avec vigueur et obstination la bicyclette.

Interne en médecine à l’Hôpital de la Charité à LYON, il fonde la Charité Cycliste, et avec quelques uns de ses confrères , devient un cyclotouriste impénitent, pratiquant aussi avec assiduité la photographie en noir et blanc (La célèbre Boîte Bleue – Lumière et Jougla).
Dés que les Fréres LUMIERE mettent sur le marché la plaque autochrome en 1907, il est immédiatement séduit par la prodigieuse invention.
Dés lors, infatigable globe- trotter, il va parcourir et photographier que ce soit en noir et blanc ou en couleur, le grand quart sud est de la France, l’Italie, la Suisse, la Belgique, Monaco, l’Allemagne, l’Autriche, les Iles Britanniques et la Tunisie.

A vélo, il passera les cols de la Furka, du Gothard, de l’Iseran, du Lautaret et bien d’autres encore. De toutes ces «promenades», comme il aimait les nommer, il rapportera sur une durée de trente ans environ 3700 clichés, dont environ 280 seront pris durant la seconde guerre mondiale.

Mobilisé en 1915, à l'âge de 43 ans, il est intégré dans le 3ème Régiment de Zouaves ( Voir en fin de présentation de P.E.GRANGE, la description du régiment de Zouave faite en 1863 par BACHELET et DEZORBRY dans leur Dictionnaire de l’HISTOIRE - cf p.s)

Basé d’abord dans la DROME (26), ce régiment reçoit les troupes venus d’Afrique, aux fins de leur donner une première formation et de procéder aux élémentaires mesures prophylactiques.

Ces hommes seront très vite envoyés dans le Nord, et nous les retrouverons sans doute, en première ligne, dans le PAS DE CALAIS à l’automne 1915, dans la MARNE et la MEUSE ( d’Avril à Décembre 1916 - SOMMESOUS, VITRY LE FRANCOIS, LOUPY LE CHATEAU, BAR LE DUC, VERDUN ), dans l’AISNE au Printemps 1917 - LE CHEMIN DES DAMES).

Pierre Elisée GRANGE nous présente des scènes de vie du front et de l’arrière.

Certaines d’entre elles sont tranquilles et paisibles, d’autres beaucoup plus dures.

Une fois encore, il est témoin de son temps.

Précurseur de l’audiovisuel, il anime des conférences en effectuant des projections photographiques qui ne se déroulent pas sans difficultés.

En effet, un problème était posé par la projection de ces clichés (du 4x4 au 13x18 cm).
Pourquoi ? Il s’agissait de ne pas faire fondre l’image en raison de la chaleur intense dégagée par la très puissante lampe à arc nécessaire lors d’une projection à longue distance sur un écran de 4 mètres par 4 mètres de côté.

Après bien des tâtonnements, et grâce à l’appui du Professeur BARGILLAT, (collaborateur des Frères LUMIERE) la récompense fut un résultat de très haute qualité qui donna un éclat et des succès répétés aux projections d’autochromes.

Reporter, certes, il le fut pour le plaisir de plus d’un, et il fût aussi un scientifique comme en témoigne le Professeur BARGILLAT, qui en 1932 s’exprime ainsi à son sujet, après les compliments de P.GRANGE sur l’excellence delà mise au point de l’appareil de projection réalisé par celui-ci : "Monsieur le Docteur GRANGE m’a présenté tout à l’heure comme un magicien. Non seulement, ce n’est pas exacte, mais il a oublié de vous dire que si, ce soir, je puis vous montrer quelques photographies en couleur, c’est grâce à lui, qui, dés 1907, a utilisé les premières plaques autochromes.

Lorsque les Frères LUMIERE ont lancé dans le commerce les plaques en couleur, ils avaient étudié la question du développement de façon à rendre celui-ci automatique.
Or, un développement automatique est parfait si le temps de pause a été correct et absolu, ce qui, est très rare.

Eh bien ! Monsieur le DR GRANGE, qui a vraiment été un animateur, a trouvé un procédé permettant de développer les photographies en couleur comme on développe celles en noir et blanc, c’est-à-dire de pousser ou de ralentir le développement suivant le temps de pause.

Si j’avais employé la méthode du développement automatique, je ne pourrais certainement pas ce soir projeter dix clichés ; les photographies seraient peut être assez agréables à regarder, étant très coloriées, mais elles ne pourraient pas être projetées sur un écran ; il faudrait faire appel au soleil, et encore un bon résultat serait-il très difficile à obtenir.

Monsieur le DR GRANGE a donc trouvé une méthode de développement excessivement simple ; son procédé est aujourd’hui employé par tous ceux qui font de la photographie en couleurs à LYON.

Monsieur GRANGE vous a aussi parlé d’une certaine lanterne que j’aurais inventée. Or, je n’ai rien inventé du tout. J’ai pris simplement des lentilles que j’ai superposées jusqu’au moment où j’ai obtenu le résultat que je cherchais.

En effet, il faut l’arc électrique, et pour avoir un bon fonctionnement de l’arc électrique, il faut le courant continu comme nous l’avons ici. D’autre part, il faut un CHEVAL et demi de Force, transformé en lumière, pour projeter les plaques en couleurs sur un écran de grande dimension, comme celui que vous avez devant vous.
Conclusion : une grande source de lumière est indispensable".

Sportif, il fut. Les VTT de l’époque étaient plutôt rudimentaires, les voies d’accès plus que chaotiques, les matériels plus lourds et plus encombrants qu’à l’heure actuelle.

L'attente ! Toujours la même ! "Oh ! Soleil, toi sans qui les choses ne seraient pas ce qu’elles sont !".
Ah ! Ces LUMIERE… !
Alors commençait la recherche de la lumière, de l’angle, du cadrage , de l’objectif, de l’écran jaune etc…. Le pied refusait de sortir de son étui, se dépliait mal, glissait sur les cailloux et l’inclinaison du soleil avait changé.
Aussi dans l’attente de la "juste" lumière, Pierre Elisée GRANGE complétait son herbier et sa collection de minéraux. Puis, on recommençait bravement.

Artiste et poète de la lumière , il fut.
"Enfin la pierre chantait; les ombres étaient transparentes : la prise de vue exécutée , et le cliché développé était une composition, une œuvre ou éclatait la joie du poète de la lumière, qu’était mon père ». – Jean GRANGE, son fils -.

L’enthousiasme de Pierre Elisée GRANGE (vice président de la Société Photographique de Lyon) était sans limite : il fut adhérent à un club de cyclotourisme, au Club Alpin, à la Société de Géographie, au Touring Club (qui, pour l’anecdote, publiait un guide des hôtels disposant d’une chambre noire).
Heureux de ses voyages, il fit partager ses joies et la beauté de ce qui l’entoure ("Tout est beau pour qui sait voir !"), et ceci durant trente ans.

Technicien d’une grande compétence. (Voir ci-après "Comment faire une bonne Autochrome" – 1912), reporter , conférencier, il fut aussi un formidable zélateur et propagandiste du procédé LUMIERE. Il s’étonnera toujours du fait que cette technique ne soit pas plus répandue, il répondra à toutes les critiques, et en prêchera toutes les vertus. Il vous parlera de la chambre noire, des objectifs, de l’obturateur, des châssis, du pied, de l’écran jaune Lumière, de la table de pose, de l’impression des plaques, du laboratoire de développement, du coût légèrement supérieur au travail en noir et blanc, de la non nécessité de la transformation des appareils de prise de vue en noir et blanc, de l’absence de fragilité de la plaque autochrome, de sa simplicité d’emploi (Voir ci-après "Autochromie et Voyages" - 1920).
Ainsi fut Pierre Elisée GRANGE, mon grand père.
J’ai été heureux de vous parler d’un homme passionné, passionnant pour beaucoup en son temps, pour moi également à ce jour et, je l’espère pour d’autres dans l’avenir.

Philippe GRANGE - son petit fils - Lyon le 4 juillet 2009

P.S

Historiquement et d’après le Dictionnaire de l’Histoire de TH.BACHELET et Charles DEZOBRY (1863) un régiment de ZOUAVES est : Un corps d’infanterie légère créé en Algérie par ordonnance du 21/03/1831, sur la proposition du Maréchal CLAUSEL, pour remplacer les troupes turques au service de la régence, et, que l’on avait expulsées après la conquête.

Il y eut d’abord deux bataillons.

On les appela ZOUAVES, en arabe ZOUAOUA, d’une confédération de tribus les plus guerrières, de la KABILIE, résidant dans les gorges retirées du DJURJURA.

Chaque bataillon reçut néanmoins dans ses rangs tous les indigènes africains ; en y enrôla aussi des européens, et particulièrement des Enfants de PARIS.

Il y eut 12 soldats français par compagnie ; tous les officiers et sous-officiers furent français.

L’uniforme fut une veste à manches et un gilet forme arabe fermé par devant, en drap bleu foncé, avec galons jonquille, un pantalon maure en drap garance, une ceinture en laine bleu ciel, une calotte garance avec gland jonquille, un turban vert, des jambières en peau, des guêtres blanches et des souliers, la giberne et le havresac turcs.

Les officiers eurent pour costume celui des Hussards.

L’arme fut une carabine avec sabre-poignard, se montant en baïonnette.

En 1833, le nombre de compagnie fut élevé à 10, dont 8 françaises et 2 indigènes : on a renoncé (sic) à mêler les deux races, par suite de ce fait, observé souvent, qu’elles prenaient souvent un peu des vices des unes des autres, sans en échanger les qualités.