Quid de la plaque Autochrome LUMIERE ?

La plaque AUTOCHROME est composée d’une plaque de verre un peu épaisse, sur laquelle se trouve un filtre sélecteur constitué par des grains de fécule de pomme de terre choisis par tamisage parmi ceux dont les dimensions sont comprises entre 10 et 15 millième de millimètre.
Ces grains, ovales, très transparents et facilement perméables aux solutions colorantes, forment une poudre blanche très fine que l’on divise en trois lots, respectivement colorés en violet, en vert et en rouge orangé.
Après séchage, les trois poudres sont mélangées, en proportions telles que le mélange ne présente point de teinte dominante. Ce pigment, gris neutre pour qui le voit à l’œil nu, est étalé sur la plaque de verre préalablement recouverte d’un enduit poisseux. Ce saupoudrage est exécuté de telle sorte que la surface de chaque verre se trouve uniformément couverte de grains se touchant tous sans aucune superposition.
Toutefois, bien que les grains de fécule se touchent, il reste inévitablement entre eux, en raison de leur forme ovale, des interstices qui laisseraient passer la lumière et qu’il faut boucher... Mais allez boucher des interstices entre des grains qui mesurent entre 10 et 15 millième de millimètre!
Cette difficulté a failli empêcher la mise au point industrielle du procédé : elle a été vaincue de la façon suivante ; après saupoudrage des points colorés, la plaque passe par un autre appareil répandant uniformément sur celle-ci de la poussière de charbon dont les grains sont encore plus petits que ceux de la fécule de pomme de terre ; cette poussière est fixée entre les grains et s’y trouve retenue par le vernis adhésif, préalablement disposé sur la plaque de verre. La plaque est soumise alors à un laminage, (5 tonnes de pression par centimètre carré), destiné à écraser les grains de fécule et à produire une composition trichrome.
Pour vous rendre compte des difficultés de ces opérations, qui se rapportent à des infiniement petits, je vous dirai que les grains de fécule sont au nombre de 6 à 10000 par centimètre carré, donc invisibles à l’œil nu; et qu’une plaque 13 x 18 contient environ 140 000 000 de ces grains.
Lorsque vous regardez par transparence cette plaque revêtue de grains de fécule colorée, elle ne présente aucune couleur parce que les rayons, orangés, verts et violets qui la traversent, se combinent pour former de la lumière blanche. Il y a simplement une absorption légère de la lumière.
Une fois cette surface préparée, cette couche de grains colorés est isolée par un vernis d’indice de réfraction aussi voisin que possible de celui de la fécule, vernis imperméable sur lequel on coule une couche mince d’émulsion panchromatique de gélatinobromure d’argent.

Voilà notre plaque constituée : voyons maintenant comment les images colorées peuvent se produire.

Si on projette sur la plaque ainsi préparée une image colorée de manière que les rayons lumineux traversent la plaque de verre et la couche d’éléments colorés avant de venir impressionner la couche sensible, les rayons lumineux subissent suivant leur couleur et suivant les écrans qu’ils rencontrent, une absorption variable.
Considérons, en effet, une région de l’image colorée en rouge ; les rayons rouges sont absorbés par les éléments verts de la couche, et traversent les éléments orangers et violets. Sous ces éléments, la couche de gélatinobromure panchromatique est impressionnée tandis qu’elle reste inaltérée sous les éléments verts.
Le développement, réduisant le bromure d’argent de la couche, vient masquer les éléments orangés et violets, tandis que les éléments verts apparaissent après fixage, on a avalé le colorant vert, complémentaire de la région rouge considérée de l’image projetée.
Il se produira le même phénomène pour les autres couleurs, et nous aurons alors un négatif qui restituera l’image colorée, mais avec des couleurs complémentaires de celles émises.
On pourra alors tirer un positif de ce négatif aux couleurs complémentaires, et, ce positif reproduira exactement les couleurs primitives.

Mais, si au lieu de fixer le négatif, nous l’inversons, c'est-à-dire dissolvons l’argent réduit sur les écrans orangé et violets, puis impressionnons l’argent non réduit sur l’écran vert, nous aurons après la même action pour chaque couleur, le positif sur la même plaque sans être obligé de faire un tirage sur une seconde plaque et ce positif représentera exactement l’objet photographié.
C’est ce qui se passe pour la plaque autochrome où toutes ces opérations se font sur une seule et même plaque.

Vous connaissez maintenant la constitution de la plaque autochrome. Vous avez pénétré les mystères et les invraisemblables difficultés de sa préparation. Vous avez saisi les mécanismes un peu arides de la production des couleurs.

Maintenant, nous allons pouvoir apprendre à nous en servir et à nous familiariser avec les opérations qu’elle nécessite.

La plaque autochrome selon Monsieur René BASSET (Prix NIEPCE - 1958)

Procurez–vous des grains de fécule de pomme de terre, triez-les avec soin et ne retenez que ceux dont le diamètre est compris entre 12 et 16 millièmes de millimètre.
Ensuite partagez votre stock en trois lots équivalents, que vous teignez respectivement en rouge orangé, en vert et en violet. Mélangez les trois lots.
Etendez sur une plaque de verre au format de votre appareil un enduit poisseux, sur lequel vous saupoudrez régulièrement vos grains de fécule colorés, jusqu’à concurrence de 140 000 000 de grains pour une plaque 13x18. Puis vous écrasez le tout à une pression de 5000 kg au centimètre carré de façon à réduire à un centième de millimètre la couche qui va jouer le rôle de filtre sélectif trichrome.
Alors, vous «coulez» sur cette surface une «émulsion panchromatique» traditionnelle sensible à toutes les couleurs et vous terminez par une couche de vernis.

Votre plaque autochrome est prête à être chargée dans le châssis de votre appareil, mais veillez à le faire à l’inverse de la méthode habituelle, car les rayons lumineux devront traverser les filtres de fécule avant d’atteindre l’émulsion.
Il ne vous reste plus qu’à partir à la recherche d’un site idyllique , par exemple les rives d’une rivière bordée d’arbres majestueux. Si vous prenez soin de placer harmonieusement dans ce décor quelque être cher préalablement coiffé d’un béret rouge, les mânes de COROT n’auront qu’à pâlir…






COMMENT FAIRE UNE BONNE AUTOCHROME (1912)

Conférence faite à la Société
photographique de Lyon

Messieurs,
J’ai été prié d’expliquer très simplement ma pratique de l’autochromie, et de me placer dans le cas où un de nos sociétaires viendrait me demander comment il pourrait faire des clichés semblables à ceux que l’on admire à nos séances de projection. Je n’avais pas de raison de refuser.
Nous allons donc, Messieurs, étudier ensemble : d’abord ce qu’il faut faire pour avoir une belle autochrome, puis dans une seconde partie, comment on peut d’un cliché médiocre ou mauvais, faire une autochrome présentable. Dans tout ce qui va suivre, nous admettons que vous savez par cœur la notice des frères Lumière sur l’autochromie.

Ce qu’il faut exécuter pour obtenir
une bonne autochrome

CONCERNANT L'APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE

1- Chambre noire

Messieurs, si vous êtes possesseur d’un appareil photographique quel qu’il soit : Chambre noire ordinaire, détective, folding ou jumelle, vous pouvez vous en servir pour la photographie des couleurs ; nous verrons plus loin la seule modification à y apporter.

Au cas où vous n’auriez pas d’appareil, ou si vous voulez faire une nouvelle acquisition, je dois pour vous donner un conseil, vous demander quel but vous poursuivez en faisant de l’autochromie ? Pour moi, à part le portrait, pour lequel le 13x18 cm est nécessaire, je ne reconnais pour l’amateur que deux buts à la photographie des couleurs : la stéréoscopie ou la projection.
Vous pourrez lire, dans de nombreux articles, énormément de mal sur la stéréoscopie autochrome. Elle est même déconseillée par certains. La meilleure réponse est celle-ci : nos sociétaires ne font à peu près comme photographie en couleur que de la stéréoscopie. Bien entendu ne descendez pas aux trop petits formats, le 6x13 cm me semble la limite, et, à mon avis les appareils récents 9x14 cm et surtout 10x15 cm panoramiques sont les formats de choix : l’épreuve stéréoscopique n’a pas besoin d’être grossie, l’épreuve panoramique est d’une jolie grandeur qui donne de splendides tableaux, enfin un des côtés de votre vue stéréoscopique fera merveille à la projection. Si vous voulez uniquement des clichés pour la projection, restez au format minimum, ne dépassez pas 9x12 cm, les grands formats sont coûteux et plus la surface de votre plaque sera grande plus vous aurez de chances d’avoir des érosions à votre gélatine ou d’autres défauts. Je rappelle à ceux que la projection tenterait que les séances par trop répétées de projection finissent par altérer lentement mais sûrement les couleurs.

2- L’OBJECTIF

Tous les objectifs non colorés peuvent servir, depuis l’objectif simple que je ne recommande pas, mais qui très diaphragmé est utilisable, en passant par les rectilignes qui donneront de magnifiques paysages, pour arriver à ceux qui sont corrigés des différentes aberrations, surtout de l’aberration chromatique, ce sont les antispectroscopiques et les anastigmats.
Depuis que la photographie des couleurs est née, vous voyez sur tous les journaux photographiques ou scientifiques des réclames intitulées : « Instantanés des couleurs par le F=4, F=4’5, X.Y.Z… » Que faut-il penser des ces nouveaux venus ?
Enormément de bien, un peu de mal.
Les avantages sont une luminosité extraordinaire qui permet en autochromie toutes les audaces et réellement l’instantané par beau temps ; mais ces objectifs n’ont pas de profondeur de champ, pas de profondeur de foyer, d’où il résulte que les premiers plans sont nets, à une distance fort éloignée et que la mise au point est très difficile. Donc, que les débutants se méfient de ces objectifs, mais que les vieux amateurs s’en munissent, car qui peut le plus peut le moins.

3- L’OBTURATEUR

Mettez l’obturateur que vous voudrez sur votre appareil, mais souvenez-vous que l’autochromie demande la pose et qu’il vous faut des obturateurs automatiques pour que votre appareil soit absolument immobile ; cette exigence vous interdit les obturateurs fonctionnant au doigt.

4- LE CHASSIS

Rien à changer à vos châssis qui peuvent tous être utilisés, à moins cependant qu’ils soient prévus pour des plaques extra minces : faites attention aux châssis à ressorts très forts, car votre gélatine pourrait en souffrir. Vous voyez qu’il est inutile d’acheter des châssis spéciaux qui coûtent fort cher, et, que les fabricants doivent vendre seulement à ceux qui ignorent tout de l’autochromie.

5- LE PIED

Comme vous ne pouvez faire en autochromie à peu près que de la pose, il vous faut un pied solide, méfiez-vous des pieds métalliques légers : l’an dernier, j’ai raté en Suisse deux clichés, parce que le vent avait fait bouger un pied métallique un peu faible pour l’appareil.

6- L’ÉCRAN JAUNE "LUMIERE"

Nous arrivons à la seule modification que doit subir votre appareil : Le munir d’un « Ecran Jaune Lumière ». C’est un écran spécial qui ne peut être remplacé par ceux dont vous vous servez pour les plaques orthochromatiques, son but étant d’arrêter une certaine quantité de rayons violets et bleus : L’émulsion panchromatique des autochromes étant plus sensible à ces couleurs, il faut arrêter une quantité exactement déterminée pour que toutes les couleurs soient représentées par leur valeur exacte.
Vous pouvez placer cet écran soit à l’avant des objectifs, soit à l’arrière.
Si l’écran est mis en avant de l’objectif, vous devez faire la mise au point sur votre verre dépoli retourné : car la plaque autochrome a sa surface verre, mise en regard de l’objectif, à la place de la surface sensible des plaques ordinaires ; le côté gélatine de l'autochrome se trouvant reporté de l’autre côté du verre, en arrière par rapport à l’objectif. En retournant votre verre dépoli, l’image dans votre mise au point sera exactement à la place de la surface sensible. Il résulte de ce fait que vous ne pouvez mettre les écrans en avant que dans les appareils à mise au point variable. Pour ceux à mise au point fixe (jumelles, détective etc…) si vous voulez placer votre écran à l’avant, il faut ou des châssis spéciaux, ou faire modifier le devant de l’appareil ou encore vous servir des écrans «Zeiss Ducar». Ces écrans spéciaux sont d’une coloration exactement semblable à celle de l’écran Lumière pour autochrome. Ils se placent à l’avant des objectifs, mais les verres sont calculés de façon telle que la mise au point est reculée exactement de l’épaisseur du verre des autochromes. Ces écrans varient bien entendu avec chaque foyer d’objectif et ne peuvent par suite servir que pour un seul type d'objectif : ceux d’entre vous qui voudraient plus de détails sur ces écrans, doivent consulter un article de PHOTO REVUE du 17 Janvier 1909.
Si vous placez votre écran en arrière des objectifs après mise au point préalable, cette mise au point sera exacte pour les autochromes sans autre modification : la mise au point étant faite sur le verre dépoli dans sa position normale, dépoli en dedans vers l’objectif.
Le verre qui constitue cet écran fait subir aux rayons lumineux des phénomène de réfraction qui vont reculer votre mise au point ou si vous aimez mieux, produire une élongation du plan focal, l’épaisseur du verre de l’écran étant calculée de façon telle que cette élongation soit égale à l’épaisseur du verre de la plaque autochrome : plan focal et gélatine à impressionner se confondent, donc rien à modifier.

CONCERNANT LE LABORATOIRE ET CHARGEMENT DE L’APPAREIL

1- LE LABORATOIRE

Votre laboratoire peut être complètement obscur pour le chargement de vos plaques, car avec un peu d’habitude vous arrivez fort bien à la mise en châssis: mais vous pouvez l’éclairer faiblement avec une lumière protégée par les papiers VIRIDA : pour son emploi, il faut vous confirmer aux indications données par la maison Lumière.
C’est avec cet éclairage que vous pouvez développer.
On a préconisé pour le développement l’emploi de la lumière rouge après avoir détruit dans un bain spécial la sensibilité de la plaque autochrome ; les auteurs de cette façon d’opérer disent pouvoir suivre plus facilement la venue de l’image. J’ai essayé ce procédé, il m’a demandé une manipulation de plus et une perte de deux minutes, non compensées part un éclairage bien plus brillant que celui du papier Virida. J’insiste en vous disant : ne faites pas comme moi au début, qui travaillait presque exclusivement dans l’obscurité, car vous pouvez pour le développement, après une dizaine de secondes d’immersion dans le bain, vous éclairer assez largement avec la lumière « Virida » pour pouvoir suivre très facilement la venue de l’image.

2- PRÉCAUTIONS LORS DU CHARGEMENT DE L’APPAREIL

Vous devez si, vous charger les châssis dans l’obscurité complète (ce qui vous arrivera fatalement en voyage), vous rendre compte de la façon dont sont disposées les plaques dans leurs boîtes, pour que cette opération devienne absolument réflexe.
En chargeant, il faut éviter avec grand soin de rayer la gélatine, de prendre celle-ci avec les doigts, et ne pas oublier dans vos débuts que le côté verre doit regarder l’objectif, tandis que la gélatine recouverte de carton noir doit être dans le fond du châssis. Le carton noir est indispensable dans tous les châssis pour éviter les éraillures de la gélatine : il faut, en mettant la plaque en châssis, ne pas faire glisser la gélatine sur le carton, car il pourrait en résulter des rayures.
Est-ce tout pour votre chargement ? Je n’hésite pas à dire : Non ! Il faut absolument passer le blaireau sur la gélatine, essuyer le côté verre de la plaque ainsi que le carton noir, pour enlever toutes les poussières et quelques particules de verre qui peuvent rayer la gélatine ; vous éviterez ainsi beaucoup de points noirs ou verts, terreur de l’Autochromiste.

CONCERNANT l'IMPRESSION DE LA PLAQUE

Vous voici donc avec votre appareil prêt à fonctionner, en face d’un splendide sujet, et, vous êtes ravi en pensant à la magnifique autochrome que vous allez prendre. Une chose vous arrête, et ce sera toujours pour vous un sujet d’inquiétude : quel temps de pose ? Genéralement , un nombre déterminé de secondes ou de fractions de secondes, que vous calculerez avec une chronomètre, ou simplement comme le recommande Gaumont, en épelant le mot Pho-to-gra-phie, ce qui donne approximativement la seconde. Ce temps à poser vous sera donné soit par des tables de pose mathématiquement établies par des physiciens, soit par de petits appareils appelés « photomètres » qui mesurent le pouvoir actinique de la lumière au moment où vous allez prendre votre cliché.

1- LA TABLE DE POSE

La maison LUMIERE, dans son agenda, donne depuis longtemps un tableau des temps de pose pour le Plaque Bleue qui doit être multiplié par 50 pour les autochromes. Cette maison vient faire paraître une table uniquement pour les autochromes. Servez-vous de cette table ; avec elle, impossible d’avoir de grands écarts. Pendant deux ans j’en ai fait usage et je n’ai eu qu’à m’en louer.
L’an dernier, j’ai utilisé la table de Gaumont qui est établie pour F=10 : elle est très pratique et c’est elle qui m’a indiqué les temps de pose pour les clichés de Suisse que j’ai projetés cet hiver : ils ont, je l’espère, montré que les temps de pose étaient à peu près exactes.
Enfin, Messieurs, le 15 Mai 1912, dans la Photo-Revue, il a paru un tableau graphique de Monsieur MALEVE, qui me semble très pratique et qui, collé sur une carte, n’embarrassera pas trop ceux d’entre vous qui n’aiment pas trop se charger en touristant.
Ces deux tables et ce tableau donnent à peu près les mêmes temps de pose : Soit à photographier sur autochrome un paysage largement découvert et éclairé de face par un beau soleil le 18 Mai à 10 heures du matin, l’objectif étant à F=11 ; les résultats sont :

Table MALEVE1 seconde 3/4
Table GAUMONT1seconde 3/5
Table LUMIERE2 secondes

2- LE PHOTOMÈTRE

Pas plus que je ne vous cite tous les tableaux pour le calcul du temps de pose, je ne puis vous énumérer tous les photomètres que je ne connais d’ailleurs pas. Il semble au premier abord qu’il faille se servir uniquement de ces appareils qui mesurent la lumière utile, au moment de la prise du cliché, cette méthode étant rigoureusement scientifique : or s’ils rendent service, ils ne s’imposent absolument pas. Je me suis servi de deux photomètres, l’un à noircissement direct du papier, l’autre plus perfectionné parce qu’il est un petit appareil photographique, le « chronoscope ». Ces appareils m’ont donné d’assez bons résultats, et, je me sers encore du chronoscope, aux heures extrêmes de la journée, lorsque dans un cas délicat, je veux contrôler les indications des tables de pose. Je reproche à tous ces appareils, avec un bon nombre de nos amis qui n’ont comme moi, pas l’œil d’un teinturier, la très grande difficulté d’apprécier exactement les teintes qui doivent indiquer les temps de pose, une erreur dans cette délicate opération pouvant donner de gros écarts.
C’est pourquoi, Messieurs, je me sers toujours des tables, un peu du chronoscope et je modifie parfois les résultats indiqués en y ajoutant mon coefficient personnel acquis en gâchant pas mal de plaques et surtout en prenant des notes sur chacun de mes clichés. Malgré toutes ces précautions, je ne puis jamais avoir la pose mathématiquement exacte, c'est-à-dire celle qui me permettrait de développer automatiquement mes clichés durant 2 minutes et 30 secondes. Il faut croire qu’il est des amateurs plus heureux que moi, puisque vous pouvez fort souvent lire des articles, où, pose exacte et développement automatique sont admis comme un principe de l’autochromie ; je souhaite, Messieurs, que vous soyez de ceux-là, car tous vos clichés seront parfaits!

3- LE TEMPS DE POSE DES COUCHERS DE SOLEIL

J’ai, en tâtonnant, réussi quelques couchers de soleil, et, je n’avais, de mes essais, pu tirer des conclusions ; ce que je pensais, c’était qu’on avait tendance à trop poser. Lorsque paru dans la Photo-Gazette du 25 Décembre 1911, l’article de Crémier qui, fort bien fait, met au point cette difficile question : voici les conclusions de Crémier pour ceux d’entre vous que tenterait la reproduction de ces féeries de lumière. « Nous avons fait divers essais pour déterminer l’exposition à donner selon l’heure à laquelle on opère, et, nous sommes arrivés aux chiffres ci-dessous qui n’ont rien d’absolu, la pose variait non seulement avec l’heure, mais encore évidemment avec la transparence de l’atmosphère, la pureté du ciel e t c :

60 mnavant l’heure "connue" du coucher du soleil1 seconde environ
45 mn"2 secondes environ
30 mn"4 secondes environ
15 mn"6 secondes environ
5 mn"15 secondes environ

Ces temps de pose devront être augmentés de cinquante pour cent en présence de nuages intenses. L’auteur fait suivre de quelques considérations où il dit que la pose joue certainement un très grand rôle mais que le principal est rempli par le développement.

TRAITEMENT DES PLAQUES IMPRESSIONNÉES

Avant de vous parler des opérations chimiques grâce auxquelles nous allons obtenir notre autochrome, laissez-moi vous dire que ces opérations selon vos désirs pourront donner des résultats variables ; c'est-à-dire que deux amateurs devant le même paysage pourront le rendre d’une façon différente comme deux peintres vous donneront des tableaux non semblables .C’est qu’il en est de l’autochromie comme de tout ce qui tombe sous nos sens, et, il sera difficile sinon impossible de définir le cliché parfait : les uns veulent des couleurs très vives, d’autres des teintes chaudes sans trop de vivacité, enfin le plus grand nombre préfère des tonalités douces ; or Messieurs, la plaque autochrome est si élastique qu’elle peut satisfaire tous les goûts, « mais le parfait autochromiste sera selon moi celui qui se rapprochera le plus de la nature sans aucune exagération ».
Je dois vous dire encore que vous devez apprendre à avoir des clichés moyens comme transparence, ou très claires, selon qu’ils sont destinés à être examinés à la lumière du jour et au stéréoscope ou bien que vous devez les projeter.
Dans toutes les opérations qui vont suivre vous pouvez vous servir d’eau ordinaire si elle n’est point trop calcaire, sauf pour les solutions de « nitrate d’argent et d’acide pyrogallique-citrique » qui servent au bain de renforcement, et pour lesquelles l’eau distillée est indispensable. Toutes ces opérations doivent se faire avec des solutions, des cuvettes, de l’eau de lavage et je dirais même les plaques impressionnées, à la même température, se rapprochant les plus possible de 15 °. Je dis même les plaques photographiques, car j’ai vu des décollements produits par le froid : un de nos amis a eu à Argentière en Haute Savoie des décollements, parce qu’il opérait avec de l’eau et des bains trop froids alors que les plaques restées dans les châssis étaient, elles, trop chaudes.

1- PREMIER DÉVELOPPEMENT

Nous voici donc arrivé à la partie la plus délicate des opérations qui ont trait à l’autochromie car du premier développement dépendra «définitivement» la valeur de votre épreuve, et c'est durant celui-ci que vous pourrez corriger les écarts de pose ; de plus, ici interviendra votre expérience personnelle que toutes les recommandations ne sauraient remplacer.

A) Développement automatique

Devrez-vous vous servir du développement automatique en laissant votre épreuve 2 minutes 30 secondes dans le bain et l’inverseur ensuite ? Ma réponse est catégorique : non vous ne devez pas opérer ainsi car vous n’êtes jamais sûr de votre temps de pose ; de cette façon, le bon cliché sera dû au hasard, il sera l’exception alors qu’il doit être la généralité.

B) Développement non-automatique

C’est donc le développement non automatique que vous devez pratiquer.

  • 1) Choix du révélateur
    • La maison LUMIERE, dans sa notice, vous laisse libre de choisir soit le révélateur à l’acide pyrogallique soit celui à la métoquinone ; il est d’autres formules qui ont été données et qui sont bonnes, je ne vous citerai que celle de Crémier au métol-hydroquinone, quoiqu’un peu moins rapide mais plus économique.
    • Entre les deux formules Lumière laquelle choisir ?
    • Le révélateur à l’acide pyrogallique est préférable pour les clichés surexposés car il agit lentement. Il donne des épreuves où les couleurs sont plus facilement exagérées, donc des clichés chromo qu’on nous reproche si souvent.
    • Le révélateur à la métoquinone est plus expéditif, les clichés viennent plus vite : si l’autochrome est sous-exposée, il convient alors parfaitement. Les couleurs sont alors à mon avis moins heurtées, les clichés plus doux.
    • Vous choisirez un de ces révélateurs et vous en changerez le moins possible, car ici, comme pour les plaques ordinaires, le bon révélateur est celui dont on a l’habitude et que l’on connaît bien. Mes instants étant comptés, je me sers de celui à la métoquinone.
  • 2) Choix de l’inverseur
  • La notice LUMIERE vous parle d’un seul bain d’inversion, le bain C, qui est un permanganate acide : aucun reproche à lui adresser, sauf que, cependant en mettant votre bain en deux solutions, une pour le permanganate l’autre pour l’acide sulfurique, et, en mélangeant au moment de s’en servir, on a parfois des grains d’oxyde de manganèse qui s’incrustent dans la gélatine et qui ne sont point solubles dans le bisulfite de soude, comme le sont ceux du permanganate de potasse.
    Vous pouvez donc vous servir pour inverser des bains suivants :

    Solution 1 : Bichromate de potasse2 gr
    Eau500 Cc
    Solution 2 : Acide sulfurique10 Cc
    Eau500 Cc

    à mélanger par parties égales au moment de l’usage.

    Ce bain a, pour moi, l’énorme avantage de durcir la gélatine, et, avec lui, les points verts sont moins larges et d’un vert jaune moins visible qu’un vert bleu. Par contre, il a l’inconvénient, si vous ne le lavez pas soigneusement à grande eau la plaque qui sort du bain, de donner parfois une coloration jaunâtre de chromate d’argent qui se montrera soit au renforcement,soit à la longue : on évitera ces taches en passant après le deuxième développement l’authochrome dans une solution d’hyposulfite de soude et en lavant ensuite largement.

  • 3) Manipulations
    • Nous supposons que vous avez choisi le révélateur à la métoquinone et l’inverseur au permanganate ; nous allons pratiquer le développement méthodique permettant de corriger les erreurs dans le temps de pose.
    • Nous sortons notre plaque des châssis, en évitant de toucher à la gélatine, et nous enlevons le carton, ce qu’on oublie assez facilement, quoique ce soit une faute grossière.
    • Nous lavons la plaque dans l‘eau durant une vingtaine de secondes ; cette immersion permet au révélateur de s’étendre immédiatement sur toute la plaque et facilite son action.
    • Vous placez votre plaque gélatine en haut dans la cuvette où vous avez mis votre révélateur incomplet, et, en même temps vous faites marcher votre chronomètre ou vous comptez lentement 1, 2,3 ….ce qui équivaut à peu près à la seconde, après entraînement, bien entendu. Vous surveillez l’apparition des premiers contours, moment auquel vous rajoutez le complément du révélateur ; vous savez le nombre de secondes qui s’est écoulé jusqu’à la venue des contours, il ne vous reste plus qu’à regarder sur le tableau Lumière le temps que votre plaque doit séjourner dans le bain : ce temps écoulé, vous l’enlevez et la rincez rapidement.

2- INVERSION

  • Puis vous la placez deux minutes dans un bain d’inversion. Cette opération peut se terminer à la lumière, une fois la plaque mise dans le bain.

3- DURCISSEMENT DE LA GÉLATINE

  • Après l’inversion au permanganate, vous lavez votre plaque et la mettez durant deux minutes dans le bain d’alun de chrome très légèrement additionné de bisulfite de soude ; ce bain durcit un peu la gélatine, mais il ne faut pas compter sur lui pour empêcher le décollement ; il a l’avantage d’enlever le permanganate. En cas d’inversion au bichromate de potasse, on peut procéder à l’élimination de ce dernier en passant la plaque dans une solution bisulfitée sans adjonction d’alun de chrome.
  • L’inversion terminée, vous pouvez après lavage faire sécher vos plaques et «attendre des semaines ou des mois pour les opérations suivantes».

4- DEUXIÈME DÉVELOPPEMENT

  • Votre plaque inversée est alors mise dans un bain soit de diamidophénol, soit de métoquinone selon le premier révélateur que vous aurez adopté. Vous ferez ce développement en pleine lumière si vous travaillez de jour : la nuit vous pouvez le faire soit avec du magnésium, soit avec des becs à incandescence, soit encore avec des lampes électriques à filaments métalliques. Il faut toujours pousser le développement, surtout si vous opérez en lumière artificielle.
  • Le développement terminé, vous lavez à grande eaux et faites sécher «le plus rapidement possible» votre plaque, de préférence avec un ventilateur.
  • Vous avez une autochrome splendide si tout a été parfaitement exécuté.
  • Ce magnifique résultat a été dans notre cas obtenu avec deux bains. Vous vous rendez compte que les amateurs, qui ne savent rien de l’autochromie et qui vous disent que la pratique de ces plaques est compliquée, feraient mieux d’étudier un peu la question avant d’en parler.

5- CONSIDÉRATIONS SUR LE DÉVELOPPEMENT CORRIGÉ

Vous voyez, Messieurs, comme théoriquement, il est simple de faire un petit chef-d’œuvre : à lire la notice des fabricants, la perfection serait constante : pourquoi voyons-nous de si nombreux ratés, entendons-nous tant de doléances ? A mon avis, le plus grand nombre des insuccès vient du mauvais calcul du temps de pose. On a des idées préconçues, on veut faire à sa manière et on s’écarte tellement du temps exact que les résultats sont nuls. Je connais un amateur qui n’a jamais rien montré de bon et qui confiant dans la correction des développements, surexposait trente à quarante fois ses clichés ! Il a dû renoncer à l’autochromie.

Je vous en prie, Messieurs, calculez chaque fois votre temps d’exposition et tant que vous n’aurez pas une très longe pratique ce calcul sera toujours plus exact que la pose au jugé.
Il y a certainement dans le développement méthodique, un instant délicat, c’est celui où vous devez faire trois choses à la fois :

  • voir apparaître les contours
  • consulter votre montre
  • enfin ajouter le révélateur

Dans tout cela l’apparition des contours est difficile, mais c’est en jugeant exactement ce moment que vous aurez de bons résultats. Lorsque vous aurez une grande expérience du développement, mais alors seulement, vous pourrez avoir toute indépendance dans le développement de vos plaques.
Je vais vous dire comment j’opère.

6- MA PRATIQUE

Avant tout, je m’inquiète d’égaliser la température des mes bains et de mes cuvettes, en plaçant le tout dans l’eau courant qui doit servir au lavage, sans m’inquiéter de la température de cette eau.
Par temps chaud les cuvettes se mettent rapidement à la température ambiante et il faut les tremper entre chaque cliché dans l’eau de lavage.
Ceci fait, je place dans une cuvette le bain total de développement à la métoquinone ( Rèvélateur= 20, Eau= 80 ), j’y dépose ma plaque après l’avoir lavée à l’eau courante durant au moins quinze à vingt secondes ; à ce moment, je fais marcher la trotteuse de ma montre, tout cela sans éclairage durant les 10 premières secondes de développement ; celles-ci écoulées, j’éclaire avec la lumière Virida. Je cherche à me rendre compte du moment d’apparition des premiers contours et je regarde sur ma montre combien de temps cela a demandé ; je continue le développement en agitant ma cuvette, et pendant ce temps je multiplie par 7 et par 10 le nombre indiqué pour l’apparition des contours ; soit 12 ce nombre, j’obtiens 84 et 120 ; ces chiffres indiquent que généralement mon développement sera terminé entre 84 et 120 secondes.
Lorsqu’il y a 84 secondes que ma plaque est dans le bain de développement, je commence à la regarder par transparence : à ce moment le ciel et les grandes lumières sont peu transparents, et le reste du négatif est encore opaque. Vous le replacez dans le bain, et toutes les 10 secondes vous le regardez par transparence ; il arrive bientôt et cela avant que les 120 secondes se soient écoulées un moment où « le négatif devient légèrement transparent dans sa totalité c’est l’instant où vous devez arrêter le développement ». Ces chiffres 7 et 10 qui servent de multiplicateur , ne sont pas mathématiquement exacts, ils ne sont qu’un guide approximatif indiquant le moment où vous devez rechercher la légère transparence qui motivera l’arrêt de développement.
Je me passe généralement de ces chiffres et « je juge uniquement par transparence » : d’ailleurs des clichés très surexposés viennent plus vite que le temps indiqué par le multiple 7, ou s’ils sont trop sous-exposés, ils demandent plus que l’indication donnée par le multiple 10.
Cependant pour des poses calculées avec les tables, qui ne sont par conséquent jamais très incorrectes, ils vous guideront ultérieurement dans vos essais d’indépendance.

Cette façon d’opérer a l’énorme avantage de tâter vos clichés comme pour les plaques ordinaires, car si vous avez des plaques surexposées ou que vous jugiez telles, (marine, montagne), vous mettez une demi-dose du rèvélateur ; si elles sont sous-exposées vous pouvez mettre deux ou trois fois la dose du révélateur « et toujours vous jugerez de l’arrêt du développement par sa transparence ». Je vous recommande d’avoir toujours la même intensité de lumière dans votre laboratoire et, si vous développez le jour, d’attendre que votre œil soit fait à l’obscurité avant de commencer : sans ces deux précautions, vous jugeriez mal du moment où la plaque doit être sortie du bain.
Mon inversion et le deuxième développement se font comme dans la méthode classique dont nous avons déjà parlée.
Vous voyez, Messieurs, combien cette méthode est élastique ; c’est une question d’expérience, qui vous permettra de bien développer des clichés qui ont de gros écarts de pose et qui avec le développement automatique seraient infailliblement perdus.

7- LE VERNISSAGE

Le vernissage, qui est la plus désagréable de toutes les manipulations des autochromes, me semble indispensable ; la première année, je l’avais supprimé pour mes clichés stéréoscopiques, et, j’y suis revenu, non pas à cause du faible éclaircissement du cliché qu’il provoque, mais parce qu’il donne de la résistance à la gélatine. J’avais observé que sur quelques clichés 6x13, la gélatine commençait à se trouer, par suite de chocs que recevaient les clichés en les passant dans les stéréoscopes à main ; depuis que je vernis toutes mes autochromes, cet accident ne se produit plus.
La formule LUMIERE donne un produit trop épais qui poisse et avec lequel il est difficile d’avoir une couche sans bavure : il faut étendre le vernis Lumière de 2/3 de benzine cristallisable.
Je n’ai malheureusement aucun tour de main à vous donner pour le vernissage, et, j’avoue toujours tacher le dos de mes plaques par des bavures que j’enlève avec la benzine cristallisable.
On vous conseille dans de nombreux articles, de dévernir vos plaques pour les renforcer ou les descendre ; ne faites jamais cela, car il est à peu près impossible de les dévernir complètement. Une partie de votre gélatine conservera quelques parcelles de vernis et vous aurez de grosses taches contre lesquelles vous ne pourrez rien tenter.
Réfléchissez donc bien et examinez vos clichés de nombreuses fois avec des éclairages variés avant de les vernir, pour n’avoir ensuite aucun regret.

 

Les accidents et les insuccès de la plaque autochrome

Pour étudier les causes des insuccès qui peuvent arriver en Autochromie, nous suivrons l’ordre des manipulations que nous venons d’indiquer pour l’obtention du cliché ; car à chaque instant nous pouvons commettre une faute qui altérera nos résultats. A côté de la cause du mal, nous indiquerons le remède, s’il existe.

INSUCCES DUS A L’APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE

1- LA Chambre Noire

Votre chambre noire pourra, n’étant pas parfaitement étanche, laisser passer un peu de lumière ; il en résultera un cliché plus ou moins teinté en bleu violet contre lequel vous ne pouvez rien

2- Les Objectifs

Si vous avez des objectifs colorés en jaune vous pourrez vous en servir pour la photographie des couleurs, mais vos clichés auront une dominante jaune ! Ils seront cependant présentables si vous les doublez avec un verre plus ou moins coloré en bleu.
Les amateurs qui font de la stéréoscopie autochromique ont souvent deux images d’une inégale intensité ; ils accusent ordinairement les objectifs d’avoir une inégale luminosité ; cela peut certainement arriver, mais le plus souvent ce sont les diaphragmes qui sont inégaux ne donnant pas la même quantité de lumière. Cette inégalité des diaphragmes peut venir d’un mauvais réglage, mais ordinairement il y a du jeu dans les bielles qui les réunit ; dans ce cas, actionnant un diaphragme qui secondairement fera marcher celui d’un autre objectif, vous aurez du premier côté une ouverture plus petite que de l’autre. Il y a là un point sur lequel j’attire votre attention !

3- Obturateur et pied.

Si votre obturateur ne fonctionne pas automatiquement, si votre pied n’est pas très rigide, vous risquez de bouger votre cliché. Les plaques impressionnées dans ces conditions sont inutilisables.

4- Ecrans jaunes "Lumière"

Vous pouvez oublier de mettre vos écrans jaunes, il en résultera un cliché bleu violet ; sans aucune autre coloration.

Cet accident est malheureusement fréquent, lorsque l’on fait en même temps de la photographie simple et de l’autochromie, on croit les écrans en place : ils sont dans le sac .Un accident, qui peut survenir dans les appareils stéréoscopiques lorsque les écrans sont à l’arrière de l’objectif, est la chute d’un écran dans la chambre noire, au développement vous avez un cliché normal et l’autre bleu violet. A ces clichés, il n’y a pas de remède, le traitement est simplement préventif, c'est-à-dire toujours vérifier que vos écrans soient toujours bien en place et fixés. Enfin, Messieurs, les écrans jaunes peuvent laisser passer partiellement la lumière, soit qu’ils soient mal fixés, soit que les écrans taillés en rond laissent filtrer quelques rayons bleus entre la gélatine colorée et la rondelette qui les fixe. Les écrans jaunes ronds doivent donc avoir dans la monture une partie opaque qui déborde sur la glace de deux à trois millimètres : certains amateurs qui ont toujours des dominantes bleues, doivent en chercher le pourquoi dans la monture des écrans.

5- Défaut de mise au point

Inutile d’insister sur la mauvaise mise au point, le cliché est irréparablement flou.

6- Correction de clichés colorés

Une fois pour toute, et pour éviter les redites, je vais vous indiquer ce que vous devez faire pour rendre présentable un cliché qui a une dominante colorée. Il suffit de le doubler avec un verre de la couleur complémentaire de la dominante. C’est en tâtonnant que vous obtiendrez un bon résultat. Pour avoir ce verre coloré ; vous prenez soit une ancienne plaque ordinaire non impressionnée dont vous enlevez les chlorures d’argent par la solution d’hyposulfite de soude, soit un mauvais cliché ordinaire dont vous enlevez l’image dans un bain d’inversion, et, dans les deux cas vous lavez longuement. Votre plaque, ayant ainsi sa gélatine transparente, est trempée plus ou moins longtemps dans une solution de couleur d’aniline de la teinte demandée, puis mise ensuite à sécher. Je vous conseille de toujours colorer trois ou quatre plaques, mais chacune d’un degré différent, vous aurez ainsi une gamme de teinte où vous pourrez facilement choisir celle qui convient le mieux.

Les Insuccès dus au chargement

1- Laboratoire

Votre laboratoire pourra ne pas être étanche à la lumière du jour et voiler votre cliché : dans ce cas votre autochrome sera terminé, elle sera transparente avec des couleurs très atténuées.
Sans laisser passer la lumière du jour, votre laboratoire pourra avoir un éclairage vert ou rouge dans lequel vous aurez eu confiance pour manipuler vos autochromes et qui, trop intense, pourra produire deux sortes d’accidents. Si votre gélatine reçoit correctement les rayons verts ou rouges, comme elle est panchromatique, elle sera impressionnée, et votre cliché sera simplement voilé comme dans le cas prècedant. Si la gélatine reçoit les mêmes rayons après qu’ils auront traversé l’écran sélecteur des couleurs, votre autochrome aura une dominante rouge ou verte, que vous savez maintenant corriger.

2- Manque de précautions au chargement

Vous pouvez, étant distrait charger vos autochromes comme des plaques ordinaires, la gélatine sera à l’avant regardant l’objectif, vous aurez comme résultat un cliché ordinaire qui ne vaudra rien car surexposé et non au point.
Si vous oubliez que la gélatine est très mince, et que vous fassiez glisser celle-ci sur le carton, ou, que vous forciez quelque peu, en mettant dans les châssis, vous aurez des éraillures qui se traduiront sur votre cliché terminé par des raies vertes ou noires fort désagréables.
Enfin, Messieurs, nettoyez vos plaques avant le chargement, c’est-à-dire passez très délicatement le blaireau sur la gélatine, essuyez avec un linge fin le côté noir du carton, et le côté verre de la plaque : vous chassez ainsi soit des poussières, soit de petites parcelles de verre, causes des points verts et de certains points noirs.

3- Le Déchargement

Avant de placer votre plaque dans le bain, sortez le carton noir, car si vous le mettez avec le cliché dans le révélateur, celui-ci attaque intégralement la gélatine et le cliché est perdu.

Insuccès dus à une inexactitude de pose et un mauvais développement

Nous allons étudier en même temps les fautes commises pour la durée de l’exposition et pendant le premier développement.

1- Sous exposition et sous développement.

Lorsque vous avez exposé votre plaque ou qu’elle est sous développée, l’autochrome terminée est dans ce cas peu claire ou même sombre, non transparente, les couleurs sont le plus souvent mal venues, sombres, empâtées, il n’y a pas de détails dans les demi-teintes et dans les ombres.
Après le premier développement, ces clichés sont sans détails, seules les grandes lumières apparaissent dans le négatif, la plaque par réflexion est presque blanche, vu par transparence le cliché est opaque.
Les remèdes sont dans ces cas difficiles car ils donnent le plus souvent, surtout si les écarts de pose ou de développement sont considérables, de mauvais résultats. Vous devez donc vous souvenir qu’il vaut toujours mieux surexposer un peu, ou sur développer légèrement, ces clichés, comme nous le verrons dans un instant, étant plus faciles à corriger.
Les remèdes peuvent s’appliquer soit après l’inversion soit après le deuxième développement.

APRES L’INVERSION

Vous pouvez éclaircir le cliché dans une solution de 5 à 6 pour cent d’eau de la solution Hyposulfite- Bisulfite qui sert à éclaircir dans le dernier temps du renforcement. Après avoir éclairci légèrement votre négatif, rincez- le 2 à 3 minutes, puis vous pratiquez le deuxième développement. Ce procédé atténue les couleurs, qui deviennent un peu ternes, mais souvenez-vous, que vous pouvez par la suite renforcer légèrement votre cliché.

Vous pouvez après l’inversion, faire à la lumière du jour ou à la lumière artificielle un développement très léger dans le bain de diamidophénol qui sert au deuxième développement lorsque vous développez à l’acide pyrogallique : ce bain sera étendu de trois à quatre fois son volume d’eau.
Dés que votre plaque commence à griser, arrêtez le développement et passez à nouveau dans la solution d’inversion ; si vous jugez votre cliché encore trop opaque vous pouvez recommencer l’opération. Cette méthode me semble donner des clichés avec des couleurs plus vives que la précédente, elle a aussi l’avantage de ne pas employer d’hyposulfite de soude. Ces deux méthodes agissent de même, la première enlève sur tout le cliché une légère épaisseur de sels d’argent non réduit cela par une seule opération chimique ; tandis que dans la seconde, vous commencez à réduire sous forme d’argent une très légère couche du sel argentique, puis par l’inversion vous faites disparaître cet argent réduit. Dans les deux cas, votre autochrome terminée aura donc, une épaisseur d’argent réduit moins considérable que sur un cliché normal, et c’est pourquoi les couleurs seront ordinairement moins vives.

APRES LE DEUXIEME DEVELOPPEMENT

Pour éclaircir votre autochrome après le deuxième développement, il faut vous servir d’un bain qui enlève une partie de l’argent ; vous n’avez pour cela que l’embarras du choix.
Le réducteur de FARMER dont la formule est :

Ferricyanure de potassium5 gr
Hyposulfite de soude50 gr
Eau distillée1000 cm3

2- Surexposition et Surdéveloppement

Lorsque votre autochrome sera surexposée ou sur développée, votre cliché terminé sera très clair, très transparent, les couleurs seront lavées, rongées, très pâles, très transparentes : par contre les détails seront nombreux et bienvenus dans les ombres si le cliché a des contrastes.
Après le premier développement ces clichés ont trop de détails ; ils sont noirs par réflexion, par transparence, ils sont extrêmement clairs. Le remède ici est excellent et vous pouvez obtenir par le renforcement d’excellents clichés, à condition cependant, qu’il reste des couleurs sur votre plaque et que tout ne soit pas rongé.
Vous devez renforcer en suivant exactement le procédé Lumière qui donne de splendides résultats : j’ai essayé le renforcement au bichlorure de mercure, il m’a toujours donné de mauvais clichés ; d’autres procédés ont été indiqués, mais je n’ai pas eu le temps de les essayer et ne puis rien en dire.
Comme j’ai au début supposé que vous connaissiez par cœur l’Agenda LUMIERE, je vous prie de vous y reporter pour le renforcement et, ne fais que vous rappeler très rapidement les diverses opérations à suivre. Je dois vous avertir que le renforcement rend les clichés plus opaques, malgré qu’il soit affirmé un peu partout qu’ils ne sont point obscurcis par cette opération ; donc il faudra vous méfier et, « ne pas trop pousser le renforcement » et j’insiste sur ce point, car lorsque l’on voit un cliché médiocre prendre de belles couleurs, on est tenté de les exagérer et on obtient alors ces chromos qui nous sont si souvent reprochés.

Renforcement : Méthode LUMIERE

Le renforcement consiste : premièrement, à passer l’autochrome dans une solution E (solution de permanganate de potasse acide G étendue à 2%) ; deuxièmement, à faire agir une solution de nitrate d’argent, acide pyrogallique, acide nitrique, donnée par le mélange fait au moment de s’en servir des solutions F et G.
Je conseille de prendre la moitié de la dose indiquée pour G, de façon à avoir un renforcement lent et pas trop intense. Lorsque votre autochrome est depuis quelques minutes dans le bain, celui-ci se trouble par un précipité d’argent réduit ; à ce moment, il faut retirer votre plaque, car cet argent réduit se déposerait sur elle ; si cela arrivait, vous pourriez enlever ce dépôt en passant sous l’eau un peu de coton hydrophile sur la plaque, mais cela avec beaucoup de légèreté et de prudence. Si, à ce moment, vous jugez que votre plaque n’est pas assez renforcée, vous recommencez l’opération.
Votre troisième opération consiste à éclaircir la plaque dans une solution H de permanganate de potasse à 1/1000. En fin, quatrième et dernière opération, vous fixez dans une solution I d’hyposulfite bisulfite. Vous lavez alors trois ou quatre minutes, vous laissez sécher et vous êtes étonnés des brillantes couleurs que présente votre autochrome.
Quelques insuccès peuvent arriver au cours de vos manipulations ; nous avons parlé du dépôt argentique, du renforcement incomplet pour lequel il faut recommencer ; vous pouvez avoir un voile dichroïque qui disparaîtra en faisant à nouveau passer votre cliché dans le permanganate neutre et la solution de fixage.
Enfin, il pourra arriver que vos couleurs descendent dans le bain de fixage. Ce sera la preuve qu’il reste dans la gélatine des sels d’argent non réduits par le deuxième développement qui n’aura pas été assez poussé, ou qui aura été fait avec une source lumineuse peu intense : je dois vous dire, que cet accident signalé par la notice Lumière, ne m’est jamais arrivé, pas plus qu’aux camarades de la Société que j’ai interrogés à ce sujet.

3- Clichés enfumés

Le cliché enfumé est celui qui est assez transparent mais où les couleurs sont molles, ternes et mal venues, tout le cliché étant enfumé, les grandes lumières surtout ont un voile noir plus ou moins épais. L’impression est celle d’un bon cliché vue à travers un verre préparé au noir de fumée pour voir une éclipse, l’opacité dominant dans les parties éclairées et les grandes lumières. Je me suis pendant près d’une année demandé la cause de cet accident que j’avais souvent à mes débuts. Voici, ce que je crois être l’exactitude au sujet de sa production : surexposition de la plaque et développement dans une révélateur trop fort, noircissant en quelques secondes la plaque, qui doit être souvent sortie du révélateur après un séjour de moins d’une minute. Il résulte de ces actions physico-chimiques, que, dans la couche impressionnée pour former le négatif, l’argent a été partiellement réduit, et qu’au deuxième développement les parties non réduites dans le négatif vont l’être, et former sur tout le cliché un voile plus ou moins sombre.
Que faire pour ces clichés ? Le plus souvent rien ! Essayez cependant de les traiter comme les clichés sous-exposés, mais les résultats seront généralement mauvais. Ce que vous devez faire dans votre pratique de l’autochrome, c’est de ne pas obtenir ces clichés. Je dois vous avouer que cet accident fut pour moi, au début, très fréquent, alors que je pratiquait le développement méthodiquement corrigé, et, qu'il est impossible de ne pas l’avoir en développant ainsi si le cliché est très surexposé ; or il ne m’arrive à peu près plus maintenant où je fais le développement libre en tâtant les clichés que je crois surexposés avec un révélateur très dilué.

4- Accident et insuccès de l’inversion

Les accidents de l’inversion sont facilement évitables si vos solutions sont fraîches et filtrées ; le bain au permanganate sera d’une conservation très longue si vous faites une solution séparée d’acide sulfurique et de permanganate mélangés au moment de vous en servir ; vous pourrez faire de même si vous employez la formule au bichromate.

Inversion au permanganate

Votre bain d’inversion peut être ancien, le permanganate de potasse a, alors en partie, perdu sa propriété, car un précipité d’oxyde de manganèse s’est formé dans votre flacon : dans ce cas vos clichés ne sont pas inversés, ou ils le sont mal et dés lors il persiste dans le négatif de grandes traînées noirâtres : vous pouvez à ce moment sauver votre cliché avec une solution fraîche. Le remède est donc d’avoir une solution de permanganate récemment filtrée et une d’acide sulfurique, en les mélangeant pour l’usage.

Votre solution de permanganate est fraîche, mais elle n’est pas filtrée, et peut contenir des grains noirâtres de deux sortes qui se précipitent sur la gélatine ; les uns sont des grains de permanganate non dissout, les autres des grains d’oxyde de manganèse. Pour les éviter, il faut filtrer votre solution avant de vous en servir.
Mais que faire contre ces grains ? Pour ceux de permanganate, passez votre plaque dans une solution très étendue de bisulfite de soude, ou, mieux, mettez quelques gouttes de bisulfite de soude dans votre solution d’alun de chrome, ils disparaissent. Contre ceux d’oxyde de manganèse, le bisulfite est impuissant, et vous n’avez qu’une ressource dangereuse pour le cliché, les enlever sous l’eau en frottant avec prudence au moyen d’un peu de coton hydrophile.

Inversion au bichromate

L’inversion au bichromate n’a que des avantages, et presque pas d’inconvénients, seules quelques tâches jaunes de bichromate d’argent peuvent se rencontrer sur les clichés terminés ; pour ne pas risquer de les avoir, passez à la sortie du bain d’inversion votre cliché dans une solution très diluée de bisulfite de soude : ou mettez votre cliché terminé c’est-à-dire après le deuxième développement, dans une solution très étendue d’hyposulfite de soude.

5- Accidents du deuxième développement

Je n’ai jamais vu d’accident dû au deuxième développement : je vous rappelle cependant qu’il pourrait être incomplet, et, pour éviter cela, vous devez le faire à une grande lumière et laisser votre cliché deux trois minutes dans le bain pour réduire complètement les sels d’argent.

6- Accidents du lavage

Votre cliché terminé, le lavage, sauf si vous vous êtes servi d’une solution d’hyposulfite, doit être très court, sans quoi il peut prendre une teinte rougeâtre que vous savez compenser. Dans le cas où vous avez employé l’hyposulfite pure le lavage doit être de 4 à 5 minutes.

7- Accident de séchage

Le séchage doit être rapide, les couleurs restant plus brillantes et surtout les trous verts et les diverses éraillures de la gélatine ont une moindre surface. Pour cela placez vos plaques dans un séchoir mis au courant d’air ou suspendez les à des supports TM que vous accrochez à une ficelle ; mais le mieux est encore le ventilateur : il ne faut cependant pas mettre votre plaque de suite à sa sortie du lavage devant le ventilateur, car il reste des gouttes devant votre gélatine qui font autant de taches sur le cliché sec. Aussi est-il préférable de laisser égoutter le cliché pendant cinq à six minutes sur un séchoir et de le mettre seulement au bout de ce temps devant le ventilateur. Il faut choisir l’endroit où vous placez votre ventilateur, pour éviter qu’il fasse sortir la poussière des parois ou des meubles voisins et la projette sur votre gélatine où elle fera de petites taches.

8- Accident du vernissage

Le vernissage, temps désagréable ! Peut être inégalement fait avec des raies, des bavures : seule la pratique et l’expérience triompheront de ces ennuis. Je vous ai déjà dit de ne jamais dévernir vos plaques par traitement chimique, mais pour les bavures, les irrégularités, il faut au contraire passer la plaque dans la benzine cristallisable et recommencer l’opération.
Lorsque vous vernissez, ne soufflez jamais sur votre plaque, la vapeur d’eau de votre haleine détermine, sur le vernis qui sèche, des irisations qui persisteront et produiront parfois des voiles sur votre autochrome terminée.

9- Accidents inhérents à la plaque

Plaques périmées :

La date, qui est donnée par les fabricants pour l’utilisation des plaques, ne veut nullement dire que vous ne puissiez vous en servir après. A condition de les conserver à l’abri de la chaleur et de l’humidité, vous pouvez plusieurs mois après la date d’utilisation, les impressionner et avoir de bons résultats.

Points noirs. Placards noirs :

Les points noirs qui nous désespèrent peuvent être dûs, soit à des poussières soit à des éraillures très superficielles de la gélatine qui ont attaqué le vernis protecteur des grains colorés, soit à de nombreuses autres causes que j’ignore : j’abstrais ici ceux dus à l’inversion. Vous pouvez essayer de les diminuer en les touchant, comme il est indiqué sur la notice, avec la solution iodurée, ou bien avec une solution d’inversion légèrement étendue : cela, bien entendu, lorsque votre plaque est sèche ; vous la lavez, ensuite la faite sécher, et, retouchez la tache claire qui remplace la tache noire par la couleur nécessaire.

Vous pouvez avoir sur la plaque ce que j’appelle un placard noir ; c’est une surface généralement très étendue, comme une pièce de cinquante centimes (1/2 euro), où votre cliché est absolument noir opaque ; il provient de ceci : après l’application de la couche pigmentée et du vernis qui la recouvre, la plaque de verre est examinée pour juger les défauts provenant de ces deux opérations, : aux places qui laissent à désirer, on applique au dos de la plaque un placard de gouache blanche, pour que la plaque terminée on jette cette partie aux rebuts.

Points verts :

Les points verts et les raies vertes sont dûs à une éraillure de la gélatine qui va jusqu’au vernis sousjoint, et, permet à l’eau des bains de dissoudre la couleur des grains verts qui est légèrement soluble dans l’eau, tachant alors la gélatine. J’ai renoncé à combattre cet accident, le remède me semblant pire que le mal. Vous pouvez, si vous êtes très habile, gratter la gélatine à l’endroit vert, et, repiquer en colorant, mais cela est pour moi de l’acrobatie.

Raies transversales :

Dans les clichés très clairs surexposés ou surdéveloppés, vous voyez souvent apparaître de larges bandes parallèles alternativement claires et légèrement foncées ; elles sont situées dans l’écran trichrome et proviennent de la fabrication, donc rien à faire contre elles.

Il arrive parfois que la gélatine est striée très finement : cet accident est un peu gênant sauf au stéréoscope dans les petits formats. C’est encore un accident de la fabrication qui se produit surtout durant la saison chaude. Vous devez, à ce sujet, savoir que les fabricants ont souvent dit la difficulté qu’ils avaient à fabriquer durant les chaleurs. Aussi, je vous engage à faire vos provisions pour les vacances avant les mois chauds, vous aurez ainsi des plaques plus parfaites.

Clichés marbrés :

Parfois vos clichés seront marbrés de traînées ou de points légèrement opaques. Cela pourra provenir d’une inversion insuffisante, ou d’un séchage durant lequel les gouttes d’eau auront mis plus longtemps que le reste de la gélatine ; il en existe dont j’ignore la cause.

Trous transparents :

Si vous éraillez votre gélatine, une fois toutes les opérations terminées,et produisez des points transparents, ils seront faciles à boucher avec une couleur appropriée ou une teinte neutre appliquée après le vernissage.

Décollement :

Vous éviterez le décollement en égalisant la température des bains, des cuvettes et des eaux de lavage : enfin l’inverseur au bichromate de potasse sera le meilleur adjuvant pour durcir la gélatine.

Quelques artifices

Il est bien difficile de truquer les plaques autochromes, et ce n’est pas de leur maquillage dont je veux vous parler, mais vous pouvez :

  • 1) Développer davantage des parties sous-exposées, cela est possible dans un paysage de plaine par exemple, où vous avez un ciel rempli de nuages que vous voulez conserver : agissez ici comme pour la plaque ordinaire, en laissant le révélateur agir plus longtemps sur la partie terre qui est moins exposée.
  • 2) Renforcer certaines parties de vos clichés, puis descendre le tout ou vice versa.

Ces opérations demandent beaucoup de temps et de patience.

Pour conclure : J’espére, Messieurs, que les clichés qui viennent de passer devant vos yeux, vous indiquant les remèdes à côté des accidents si nombreux qui peuvent se produire au cours des manipulations, auront été plus éloquents que mes paroles, pour vous montrer qu’il ne faut jamais désespérer d’une plaque autochrome. Ils sont également la preuve que la grande partie des insuccès vient de nous même et non pas des fabricants. Aussi, Messieurs, lorsque vous avez un accident grossier, comme j’en ai vu bien souvent arriver à nos amis, que vos malédictions ne retombent pas toujours sur la plaque et sur ses auteurs ; mais examinez, ou faites examiner le cas par un de vos aînés en autochromie, et, neuf fois sur dix pour ne pas dire plus, vous trouverez la cause de l’accident. Ainsi peu à peu vos insuccès seront moins fréquents, parce que vous serez devenus de vrais praticiens de l’autochromie et vous remercierez alors, avec nous-mêmes, les frères Lumière de leur géniale découverte.

 

 

AUTOCHROMIE ET VOYAGE (1920)

J’ai posé comme principe générale en autochromie, que la photographie des couleurs pouvait par ce procédé se faire «partout» et «toujours» : c’est à dire quelque soit la saison, l’heure ,l’éclairage et les conditions atmosphériques, beau ou mauvais temps, même pluie. Les projections de clichés autochromes que je montre aux membres de la Société photographique de Lyon ont prouvé la véracité de ce principe. Il est donc aisé de dire que dans tous vos déplacements, sauf sur un bateau mouvant, vous pouvez faire des épreuves,qui, au retour des vacances,feront revivre vos meilleurs souvenirs et charmeront vos familles.

Pourquoi, s’il est si facile de pratiquer cette distraction (je ne dis point cet art, car toute sensation artistique est refusée, à priori aux photographes), ne voyons-nous point au cours de nos voyages de nombreux autochromistes opérer parmi les sites les plus beaux que nous fréquentons et sommes-nous considérer comme des fossiles parce que nous avons un pied et que nous calculons notre temps de pose montre à la main ? C’est parce qu’il existe contre la plaque autochrome de nombreux préjugés.

«On nous dit» : les appareils pour la photographie des couleurs sont chers, il faut des objectifs de prix élevé, les plaques sont onéreuses : tout cela est faux, l’appareil le plus simple avec objectif rectilinéaire peut être utilisé avec succès, les châssis, sauf ceux pour verres extra-minces, recoivent très bien les plaques autochromes ; enfin celles-ci ne reviennent qu’un tiers plus cher qu’un négatif et un positif de même format. La seule dépense supplémentaire fort minime est l’achat d’un écran jaune spécial.

«On nous dit» : les manipulations pour le développement sont longues et difficiles. Encore une objection fausse : trois manipulations simples, courtes et faciles, sont nécessaires pour avoir un cliché terminé en dix minutes environ, et il n’y a pas de positifs soit sur verre, soit sur papier à virer pour la famille ou les amis, d’où le plus souvent économie !

«On nous dit» : la plaque autochrome ne reproduit pas exactement les couleurs ! Comment cela peut-il être ? En effet, c’est par un procédé physico-chimique que ces couleurs sont enrégistrées ; les lois de ces sciences ne varient pas selon la personnalité de celui qui manie l’appareil. La vérité est qu’il ne faut pas juger un procédé sur des clichés plus ou moins bons, où les couleurs peuvent être inexactes, mais sur des épreuves parfaitement réussies ; parce qu’un débutant fera grincer son violon d’une façon pénible, on ne condamnera pas tous les violonistes. Il est encore une autre raison, psychologique celle-là, c’est que les individus jugent généralement les couleurs non pas d’après ce qu’elles sont, mais d’après l’idée qu’ils se sont faite des dites couleurs.

«On nous dit encore», au sujet de la photographie autochrome en voyage, qu’il faut développer les plaques de suite après impression : encore une erreur ; mais celle-ci est propagée parfois par des maîtres ès photographie, car j’ai lu dans certaines publications qu’un autochromiste distingué n’attendait jamais plus de six heures pour développer ses plaques. Dans ces conditions la photographie autochrome touristique serait mort-née, et, qui de nous aurait la possibilité de pratiquer cette distraction. Je sais que des autochromes impressionnées en Indo-Chine et dans les Indes Anglaises ont été développées, parfaitement bonnes. Lorsque je reviens de vacances avec 150 ou 200 clichés, il me faut souvent plus d’un mois pour arriver au cours de mes trop courtes heures de loisir à trouver le temps nécessaire pour tout développer ; or, mes clichés développés les derniers sont semblables aux premiers.

«On nous dit encore» que les moyens de transport, bicyclette, auto, secouent trop les plaques, ce qui déterminerait les points verts si redoutés de l’autochromiste. Je crois ces trépidations sans importance, car les points verts sont causés, par des déchirures de la gélatine et du vernis de la couche trichrome, le plus souvent par de minuscules éclats de verre : vous aurez ces défauts aussi bien à pied qu’en auto. J’ai roulé ma bosse sur les mauvaises routes de la Furka et du Gothard, je n’ai pas remarqué de plaques plus marquées de points verts que celles faites au Parc de la Tête d’Or. En 1914, j’ai fait, dans les gorges de Ciaus et de Daluis, ainsi que dans les Hautes Alpes, 350 kilomètres, en quatre jours, en impressionnant 48 plaques. Transportées à bicyclette, elles sont parfaites, pas une ne possèdent de points verts.

Je crois donc avoir réfuté toutes les principales objections faites à la pratique de l’autochromie en général et en voyage en particulier.

Examinons quelques points spéciaux. Pour le voyage, quel format adopter ? Si vous êtes en auto, plus le format sera grand, plus beaux seront vos clichés, le 13x18 cm donne de splendides tableaux. Si vous êtes à bicyclette ou à pied, le poids vous fera choisir un appareil plus modeste, mais vous ne pouvez pour l’appareil stéréoscopique descendre en dessous du 6x13 cm ; pour le monoculaire, il ne faut pas aller en dessous 6 1/2x9 cm. Les questions de formats sont absolument personnelles : je rappelle que le format normal de projection est le9x12 cm.

Le voyage va vous donner simplement quelques difficultés pour le chargement des plaques ; dans quelques hôtels vous trouvez une chambre noire, rarement en bon état, le plus souvent c’est un débarras. Heureusement vous pouvez faire l’obscurité complète dans votre chambre, et si cela est impossible, vous pourrez malgré une légère lumière diffuse charger les plaques sous la couverture. Si vous êtes en auto, emportez de nombreux châssis, garnis chez vous bien tranquillement.
Vous savez que, pour arriver à un bon résultat, il faut poser exactement ; pour cela vous devez vous servir soit des photomètres, soit des tables de temps de pose. La notice Lumière sur les plaques autochromes possède une table de calcul qui donne des renseignements très précis, vous pouvez vous en servir. Je vous recommande un petit appareil automatique « le posographe » qui, peu volumineux, résume rapidement toutes les données du problème comme une machine à calculer.

Nous voici donc prêts à partir pour une longue randonnée ; nous avons chargé nos plaques, déchargé nos préjugés et sommes aptes à fonctionner ; n’oublions pas notre pied qui doit être robuste. Car nous ne pouvons pratiquer l’instantané, et c’est le seul reproche que l’on puisse adresser à ce merveilleux moyen de reproduction des couleurs. Combien allez-vous emporter de plaques ? Au tout début, je suis parti, en Suisse, avec une plaque par jour, aujourd’hui, il m’en faut une douzaine ; mais cela est encore une question personnelle ; je vous supplie cependant de voir grand pour votre provision, car rien n’est plus cruel que de manquer de munitions devant un bel effet de lumière ou un paysage pittoresque.
Il est bien entendu que, dans ces conseils très schématiques, je suppose un voyage actuel, c’est-à-dire rapide ou trépidant, qui ne vous laisse pas le temps de développer en route, cette opération étant réservée pour le retour. Dans le cas contraire, vous pourrez peut-être organiser un laboratoire de fortune et développer ; mais je ne vous conseille point cela. Rentrez avec vos plaques à développer. Vous avez, comme je l’ai dit, tout le temps, dans les semaines suivantes, pour faire cette opération et la mener à bien.

J’espère avoir convaincu tous les photographes de la facilité avec laquelle ils pourront autochromier les souvenir de voyage, et, à tous, je souhaite beau temps et bonne chance.

Docteur Pierre Elisée GRANGE de la Société Photographique de Lyon.